Le monde de Belissor Calendriers Cultures Concordances


Accueil > Sur les Chemins de Belissor > Sur les routes de Compostelle > Pèlerinage de Paris vers Compostelle > 2009 - De Paris à Meung-sur-Loire > D’Artenay à Orléans

D’Artenay à Orléans

Mardi 12 août 2009

Pour revenir à la page précédente...

25,4 km, annonce mon guide vert. 26 km du côté de mon guide rouge. Les itinéraires préconisés "se promènent" par les petites routes et les villages environnants. Toujours du macadam presqu’exclusivement...

A nouveau, j’ai envie de suivre le mince trait qui figure sur ma carte entre la ligne de chemin de fer et l’aérotrain...


C’est vers 7h que je me mets en route. J’ignore si "mon" sentier existe ou pas... Et dans cet hôtel standard de bord de nationale, aucun des employés n’est d’ici et mes questions semblent totalement incongrues. Bon ! Je verrai bien !

Au sortir d’Artenay, je passe la route qui enjambe la voie ferrée et hésite un instant au carrefour suivant. Les routes filent vers l’est et moi, je veux aller plein sud vers Orléans... Le sentier est là, il longe l’aérotrain. Mais... jusqu’où va-t-il ?

Je crois que ce sont mes pieds, douloureux, qui emportent la décision : ils veulent marcher sur la terre. Ils trouvent le sentier large et très séduisant... C’est décidé, je l’emprunte et prends le risque de l’aventure !

Seulement, voilà ! Passé une ferme que le sentier rallie, il disparaît brutalement ! Je me retourne : j’ai déjà fait pas mal de chemin et revenir en arrière me rallongerait beaucoup, surtout si c’est pour me rabattre maintenant sur les 25km annoncés par mes deux guides !!!

Je décide de tracer, droit devant, en suivant les sillons du champ. La terre est sèche et il est difficile de poser les pieds. Je risque l’entorse à chaque pas et ici, je ne sais pas qui viendrait me trouver. J’avance avec grandes précautions. Heureusement que j’ai mes deux bâtons pour m’équilibrer.

Ah ! Ici, les mottes de terre disparaissent. Ce qu’il reste des épis de blé coupés me griffe les jambes. J’avise un espace qui doit être celui laissé par la roue d’un tracteur. Je tente d’y placer mes pas. Comme c’est fatiguant pour les chevilles de marcher là et quand je lève les yeux, cela semble sans fin...

Bientôt, j’aperçois à l’horizon ce qui doit être une grande route. Il me semble qu’elle est protégée par un parapet et que je ne pourrais pas la traverser. J’oblique vers l’est et emprunte une départementale qui l’enjambe.

Bien m’en a pris ! La "grande route" est en fait une autoroute ! Le soleil commence à taper.

Après avoir contourné cet obstacle - On n’imagine pas quand on est en voiture combien les courbes de ces échangeurs peuvent paraître longues et inutiles au marcheur ! - je retrouve la froide architecture de l’aérotrain. Au loin, quelques maisons. Je pique droit dessus, espérant quelques renseignements pour la suite !

Effectivement, je rencontre un jeune couple qui part travailler en voiture. "Savez-vous s’il y a un sentier qui longerait la ligne de chemin de fer ? Car le long de l’aérotrain, il n’y a plus rien depuis des kilomètres !"

Ils ne sont pas sûrs mais ils pensent que oui. Ils ne sont guère marcheurs et se déplacent beaucoup en voiture. Ils proposent même de m’avancer un peu. Je décline l’invitation en souriant : je suis pèlerin ! Merci et bonne journée ;-)

Arrivée en vue du chemin de fer, je découvre qu’il n’y a pas de sentier qui le longe et qu’un passage à niveau fermé m’interdit de passer dans le village voisin : Chevilly. Je n’ose l’enjamber avec mon sac à dos et risquer de croiser un train... Demi-tour toute !

Pas facile, ce matin ! L’heure tourne et je n’avance guère ! Après un coup d’œil sur ma carte trop peu précise, je reprends les petites routes...

Me voilà bientôt en bordure de la forêt d’Orléans. Nouvelle consultation de la carte. Si je la contourne ou tente d’aller jusqu’à la route qui la traverse, je vais faire bien des kilomètres. En prenant ce chemin qui est là devant moi, je devrais arriver à rejoindre ladite route plus bas.

Je me félicite de cette décision. Comme il fait bon marcher en forêt ;-)

Ah ! Un carrefour de sentiers ! Heu... Boussole ! Carte... J’opte sans véritable hésitation pour le sentier de gauche. Tiens, une clairière ! C’est beau la forêt ;-)

Moi qui connaît bien la forêt de Retz, ses grandes allées rectilignes et ses plaques fixées aux arbres à chaque carrefour, j’avoue être un peu surprise par cet enchevêtrement d’allées, de sentiers qui parfois ici disparaissent en plein bois ! Je tente de garder le cap...

Ah ! Un cycliste ! Si je suis contente de voir apparaître quelqu’un, je réalise aussi subitement que je suis seule et, osons le dire, perdue au milieu de cette forêt... Il me renseigne gentiment. Par là, tout droit, je vais buter sur une route forestière. Je la prendrai à gauche et puis, plus tard, je devrais prendre à droite et puis...

Je ne sais pas si j’ai tout retenu, mais pour la route forestière, elle est là et bien là !!! Et moi qui savourait l’ombre de la forêt et ses sentiers, c’est du "plein soleil", me voilà servie ;-)

Je commence à avoir faim... Mais cela ne me dit pas trop de m’attarder seule dans cette forêt. J’attrape quelques abricots secs dans mon sac et décide que je déjeunerai dès que je serai sortie de là, ce qui ne devrait plus trop tarder. Un peu de patience !

En route, je croise un garde forestier. Oui ! Vous êtes dans la bonne direction, continuez toujours tout droit et vous allez arriver à Fleury ! Et... le "champ de tir" mentionné sur la carte ? Les tirs que j’entends depuis un moment ? C’est dangereux ? Non ! Ne vous en faites pas ! Continuez tout droit !

Bon ! Me voilà rassurée ! Tout droit, ce n’est pas difficile ! Et mon déjeuner attendra un peu, pas grave non plus !

Tiens ! La belle route devient petit sentier ? Le garde forestier a dit "tout droit", va donc pour le petit sentier ! Et puis, c’est agréable !

...et les kilomètres s’égrènent... tout droit... toujours tout droit....

Tiens ! Une nouvelle route forestière ! Je poursuis encore tout droit ! Là, je ne devrais plus être très loin du bout de la forêt...

Aïe ! Une barrière ! Une clôture sérieuse ! C’est bien fermé... Impossible de longer la clôture ni par la droite, ni par la gauche... Une seule solution, le demi-tour. Si près du but, c’est un peu rageant, mais bon...

En venant, je me souviens avoir vu une autre route comme celle-ci qui filait perpendiculairement à main gauche... Mais, ce n’était pas tout près !

Ah ! La voilà ! Allez ! Courage ;-)

Plus loin, je trouve une route parallèle à la première ! Ouf ! Sauvée ! Je marche d’un bon pas et n’ose en croire mes yeux quand, de loin, je distingue une nouvelle barrière fermée, exacte réplique de la première...

Un vent de découragement me parcourt. Puis passe...

Il n’y a pas trente six solutions, il me faut à nouveau faire demi-tour. Je laisse la perpendiculaire par laquelle je suis venue et remonte plein nord...... Tiens ! Un terrain découvert ! De toutes façons, il n’y a pas d’autre issue. J’y vais.

Mais...??? Me voilà sur le champ de tir !!! Au loin, les militaires qui s’entraînent... Heureusement, ils tirent dans la direction opposée ! Et sur la droite, j’entends des voix derrière une maison en bois. Je m’approche. Une quinzaine de militaires sont là. Ils me regardent étonnés ! "Bonjour ! Comment fait-on pour sortir de cette forêt ? Tout est fermé partout et je ne sais plus où aller ! Voilà 5 heures que je marche. Je ne me suis même pas assise une minute. Je suis fourbue !"

Aussitôt, on m’approche un tabouret et un bon verre d’eau réconfortant. Je pose mon sac. "Mais où allez-vous comme ça ?" Et pendant un moment, je raconte mes aventures de pèlerin perdu en forêt ! "Vous allez à Orléans ? Et bien, on va vous déposer devant la cathédrale !" Mais non, cela ne va pas, un pèlerin, ça marche à pied ! "Dites-moi seulement comment je peux arriver à Fleury !"

Je comprends vite que c’est un long détour et finis par accepter que l’un d’eux me dépose de l’autre côté du camp militaire ceinturé de clôtures et de barrières.

"Vous voulez une pomme ?" J’accepte bien volontiers. Nous devisons encore un moment. Moi aussi, je suis fonctionnaire et sers le pays dans une école primaire. Et en cette improbable situation, je sais que nous nous sentons tous un peu de la même famille.

Après un silence, un jeune militaire s’enhardit et me demande stupéfait : "Mais, Madame, ce sont vos vacances, là ???" Évidemment, pour lui, courir la forêt avec un sac sur le dos, c’est l’entraînement au quotidien et ses vacances, sont sûrement bien différentes des miennes ;-)

Non ! Je ne me suis pas perdue, ce matin. Je marchais sans le savoir vers cette belle rencontre toute de respect et de partage. Merci à vous, messieurs les militaires de la forêt d’Orléans !

"Voilà ! Vous êtes à Fleury !"

Je descend de la jeep, remercie chaleureusement et reprends ma route. Le décor est tout autre. C’est la grande "banlieue" d’Orléans ! Droit devant, à 4 km, la cathédrale ! J’avise le premier banc à l’ombre et déjeune enfin !!!

Sous un bon soleil, je marche dans la ville bruyante. Voilà l’église Saint Paterne. J’y entre un moment.

Puis c’est la cathédrale Sainte Croix qui apparaît enfin ! Comme cette journée a été longue et difficile !

Mais... non ? Je n’en crois pas mes yeux ! Je ne connais pas cet homme, mais cette silhouette : godillots, bâton et gros sac à dos porté avec aisance, comme une seconde peau ?

Oui, c’est bien d’un pèlerin qu’il s’agit ! Son regard croise le mien, d’un coup d’oeil, il m’identifie pareillement et nous nous embrassons comme si nous nous étions quittés la veille !

Première rencontre d’un autre pèlerin en 150 km, pour l’un comme pour l’autre ! Alors ça ! Pour une surprise !

De concert, nous allons faire tamponner nos crédenciales à la cathédrale puis nous la visitons ensemble. Jean-Pierre poursuit au-delà d’Orléans alors que pour moi, l’étape est terminée. Avant de nous séparer, nous nous asseyons autour d’un verre.

Nous parlons de ce chemin depuis Paris. Lui aussi, l’a trouvé dur et éprouvant. Au fil de la conversation, je découvre que Jean-Pierre est un pèlerin aguerri. Depuis plusieurs années, il parcourt l’Europe et rallie Compostelle par tous les chemins possibles ! Là, il arrive de Stockholm !!! Il écrit des livres, et sur son site internet, il y a la liste impressionnante de tous ses pèlerinages. Nous parlons longuement de l’état de pèlerin et du bel apprentissage que l’on en fait sur la via Podiensis, auprès des moines de Conques en particulier.

Au moment de nous quitter, nous nous découvrons même une connaissance commune : Thérèse, de Miradoux dans le Gers ! Une figure haute en couleurs de la voie du Puy ! Bon Chemin, Jean-Pierre ! [1] Merci pour cette inoubliable rencontre ! Ultréia !

Vers 18h, j’arrive enfin dans le petit hôtel que j’ai réservé. Un repos bien mérité après cette très longue journée !

Quelle était la probabilité que je rencontre Jean-Pierre si magnifiquement devant la cathédrale d’Orléans ? Il fallait vraiment que tout soit millimétré pour que nous soyons ainsi ensemble à cet endroit en cette minute ! Et si je ne m’étais pas perdue ? Et si je m’étais obstinée à marcher après ma rencontre avec les militaires ? Ou si j’avais accepté d’être conduite en voiture jusqu’à la cathédrale ? Et si... ? Comme la vie est merveilleusement orchestrée ! Pourquoi sommes-nous si enclins dans la vie courante à nous faire si souvent du souci par anticipation ? Le Chemin est vraiment un terrain d’expériences privilégié ! Heureux celui qui marche et se laisse enseigner par l’écho de ses pas !

Pour lire la suite de ce récit...

Cette page a déjà été visitée 1116 fois.

P.-S.

Toutes les photos ont été prises pendant le pèlerinage.

Notes

[1Le site internet de Jean-Pierre Douniaux est consultable ici. On y découvre récits et photos et aussi la possibilité de commander ses livres. A découvrir !




| Plan du site | | Espace privé | SPIP | squelette |