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De Méréville à Oinville-Saint-Liphard

Lundi 10 août 2009

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Méréville - Oinville, c’est l’étape que j’ai rajoutée pour échapper au tronçon de près de 35 km prévu par mes deux guides. Aujourd’hui donc, pas de guide, point de descriptif : carte et boussole ! En route !


En quittant le lavoir hier, j’avais remarqué la coquille sur ce panneau ; j’y reviens donc. Ma carte au 100.000e [1] signale que le GR 111 passe par là. Il me semble que je peux l’emprunter sur quelques kilomètres avant de poursuivre par de petites routes.

Des hérons me saluent lors de ma traversée des cressonnières locales. Tout est très verdoyant et frais. De petits chemins souvent boisés. Un début de journée bien agréable !

Après avoir traversé plusieurs hameaux le long de la Juine, le sentier s’élève vers les champs de la Beauce.

Moi qui aime voir "loin", me voilà comblée ! Ce que je ne sais pas encore, c’est que cela va durer et qu’il n’y aura pas forcément que le ciel à l’horizon...

Pour vérifier ma position, je fais de temps à autre appel à mon outil magique !

Un voile arboré entre deux champs et la marque du GR. A gauche toute !

Je passe à côté de quelques belles fermes isolées. A chaque fois, j’espère que le chien, s’il y en a un, est attaché... Ici, pas d’aboiement ! Tout va bien.

Je retrouve une petite départementale et quelques dizaines de mètres plus tard avise sur la gauche ce qui pourrait ressembler à un chemin peu employé le long de pylônes électriques. Selon carte et boussole, cela raccourcirait bien tout en m’évitant du macadam ! L’herbe est un peu haute... Ca, ce n’est pas grave, mais je voudrais m’assurer que je ne vais pas me retrouver en plein champ au bout de 500 m. Mais ma carte n’est pas assez précise. Personne à l’horizon. Bon ! Tant pis, je continue sur la route.

A ce moment précis, une camionnette des services routiers me double et s’arrête juste devant moi. Un employé descend et pose un panneau routier provisoire. "Pardon, monsieur, vous savez si c’est un sentier, là ?" "Moi, non, mais demandez à mon chef !" Je m’approche de la portière et repose ma question au conducteur. L’homme est tout jeune et prend une carte au 25.000e qu’il utilise pour leur travail. "Oui ! Il semble bien qu’il y ait un sentier jusqu’à la route d’en face !" "Merci beaucoup ! Bonne journée !"

Je m’engage donc sur le sentier que je vais suivre en levant les genoux jusqu’à Fromonvilliers tout en m’émerveillant de cette synchronicité : j’aimerais consulter une carte plus précise que la mienne et, à la minute, la carte arrive et stoppe juste devant moi ! Un clin d’œil du Grand Saint-Jacques, c’est sûr ! ;-)

Dans ce petit village, une dame relève son courrier au moment où je passe dans sa rue déserte. "Vous faites de la promenade ?" "Oui ! Une grande promenade !" Et nous devisons quelques instants sur le pas de sa porte avant qu’elle ne m’invite à boire un verre d’eau chez elle ce que j’accepte avec plaisir !

Ce n’est pas la plus jolie des croix, mais celle-là porte la coquille ! C’est un encouragement bienvenu car mes pieds qui se sont fait oublier depuis ce matin se rappellent vivement à mon bon souvenir depuis que j’ai retrouvé la route !

Je traverse Andonville, l’une de ces riantes cités estivales dont la région garde jalousement le secret...

Et la route reprend. Conformément au code de la route, je me dois en tant que piéton solitaire de marcher face aux voitures qui arrivent, c’est-à-dire
sur le côté gauche. Mais les routes sont légèrement bombées afin de pouvoir facilement évacuer l’eau en cas de pluies. Je marche donc sans cesse en léger déséquilibre. Je change parfois de côté lorsqu’il n’y a pas de danger.

Sur les chemins de Compostelle, une coutume veut qu’un pèlerin près des croix rencontrées ramasse une pierre et la dépose au pied de la croix pour marquer son passage. Je n’ai pas vu une seule pierre au pied des croix ici. A l’entrée de Boisseaux, j’inaugure et pose la première pierre ;-)

Il n’est pas encore midi ! Finalement, j’ai bien marché ! La petite église est fermée mais les services de la mairie tout à côté semblent ouverts. Je m’y présente et demande s’il est possible de visiter l’église. La secrétaire de la mairie m’accompagne gentiment. L’église est harmonieuse et je prends quelques photos. Nous parlons ensuite de mon gros sac et du Chemin. Et je décide de déjeuner dans cette petite cour au tendre gazon qui est derrière la mairie.

J’y passe même un long moment durant lequel des enfants du village viennent bavarder avec moi. "Pèlerinage..." Oui, cela leur dit quelque chose... A l’école, on leur en a parlé quand ils ont étudié le Moyen-Age... Ils me racontent ensuite les vacances un peu longues et les jeux qu’ils inventent pour passer le temps.

Entre temps, la secrétaire de la mairie est revenue après sa pause déjeuner, je me sens tranquille et "en compagnie". Je m’effondre en une petite sieste réparatrice...

Au réveil, je réalise qu’un vent fort a chassé tous les nuages du matin et que la température a dû monter de plusieurs degrés. L’heure a tourné. La chambre d’hôtes de ce soir ouvre à 17h30. Il est temps que je remette mes chaussures. Comme il fait chaud !!!

La petite départementale file droit vers la nationale 20 qu’elle va aborder à angle droit. A la pause, j’ai à nouveau percé mes ampoules en espérant que la fin de la journée serait plus légère de ce côté-là...

Traverser la nationale 20 à pied n’est pas une mince entreprise ! Se dire d’abord que l’on a tout le temps ! Puis, lorsque c’est possible, traverser la première voie et se garer prudemment sur le terre-plein central. Cela donne un peu l’impression d’être pris entre deux murs de bruits et de potentiels dangers. La route que je dois emprunter est un peu plus loin, je reste donc sur le terre-plein qui est plus large que les bas-côtés de la route. A nouveau, traverser...

La route qui m’attend est l’un de mes pires souvenirs ! La chaleur est torride, le vent souffle fort dans mes oreilles. Je n’entends pas les voitures qui arrivent et sursaute plus d’une fois. Je crois que je n’ai plus beaucoup d’eau... Loin, là-bas, sur l’horizon, je devine un clocher. C’est là que je vais...

Comme il fait chaud. Le goudron est luisant. Les grands épouvantails de fer sont muets. Mes ampoules se réactivent à vitesse grand V. Il me semble marcher sur un tapis de clous brûlant. Et ce clocher qui ne se rapproche pas... Je pense aux hallucinations du capitaine Haddock dans le désert... Quel pèlerinage ;-)

Ouf ! Voilà Oinville-Saint-Liphard ! La chambre d’hôte est tout près, c’est une bonne surprise. Douche, lessive et dîner de bonne heure car j’ai une faim de loup ! Le propriétaire m’offre des tomates de son potager pour égayer le repas du pèlerin et son fils a grimpé dans un arbre pour me cueillir une grosse poignée de prunes. Merveilleux ! Pas de doute : je suis bel et bien sortie du désert et c’est une bonne nouvelle ;-)

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P.-S.

Toutes les photos ont été prises pendant le pèlerinage.

Notes

[1Carte "Paris-Orléans" IGN N°20 : c’est ce que j’ai trouvé de plus précis pour mon tronçon outre les kilos de cartes au 25.000e dont il aurait fallu me charger pour être vraiment bien équipée !




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